Stéphanie Saadé's work is a poetics of suggestion, where the sign is discreet, almost evanescent. Like archaeologists, the artist delivers clues for us to decipher, confronting us with the sedimentation of a personal history that reaches out to the universal: a memory that is both intimate and collective.
Portrait of a Lake unfurls in space like a suspended sail or protective tent, housing an enlarged map of Lebanon dating from 1938. At the heart of this watertight canvas, the artist has created a porous portion in place of Lake Yammouné. Here, the archive is freed from its hieratic nature, coming to life to the rhythm of the daily activity of pouring water into it with constancy, care and precaution.
Portrait of a Lake unfurls in space like a suspended sail or protective tent, housing an enlarged map of Lebanon dating from 1938. At the heart of this watertight canvas, the artist has created a porous portion in place of Lake Yammouné. Here, the archive is freed from its hieratic nature, coming to life to the rhythm of the daily activity of pouring water into it with constancy, care and precaution.
Le travail de Stéphanie Saadé relève d’une poétique de la suggestion, où le signe se fait discret, presque évanescent. L’artiste nous livre des indices que, tels des archéologues, nous devons déchiffrer, confrontés à la sédimentation d’une histoire personnelle qui rejoint l’universel : une mémoire à la fois intime et collective.
Portrait d’un lac se déploie dans l’espace comme une voile suspendue ou une tente protectrice abritant en son sein une cartographie agrandie du Liban datant de 1938. Au cœur de cette toile étanche, l’artiste a ménagé une portion poreuse, en lieu et place du lac de Yammouné. Ici, l’archive s’affranchit de son hiératisme pour s’animer au rythme d’une activation quotidienne consistant à y verser de l’eau avec constance, soin et précaution.
Le liquide vient ainsi saturer la fibre et perler au sol pour dessiner une flaque dont les contours épousent ceux du lac réel. Loin de se limiter à la représentation de cette nappe d’eau, ce processus en convoque le cycle vital : celui d’une étendue qui s’emplit à la fonte des neiges pour s’évaporer sous la brûlure du soleil. C’est, en quelque sorte, un autoportrait que le lac réalise lui-même, utilisant sa propre matière pour affirmer sa présence tout en soulignant sa fragilité, voire sa possible disparition.
Au-delà de l’observation géographique, l’œuvre sonde les fractures tectoniques et politiques. Le lac de Yammouné se situe sur la faille du Levant, une immense déchirure née du glissement des plaques, qui traverse la Jordanie, la Palestine, Israël, la Syrie et la Turquie. La tension des cordes de chanvre qui maintiennent la toile évoque de façon saisissante les forces souterraines, responsables autant des secousses de la terre que des séismes géopolitiques historiques dont notre actualité est le prolongement douloureux. Portrait d’un lac est, au fond, un rituel de soin autant qu’un acte de mémoire.
La démarche de Stéphanie Saadé se fonde sur ce qu’elle nomme une « géométrie de la distance », un processus de traduction où les trajectoires personnelles se transmuent en formes plastiques. Née durant la guerre civile libanaise, l’artiste interroge la fragmentation comme un état constitutif de l’être. Elle saisit des objets familiers, des documents de voyage, des archives ou des souvenirs d’enfance, qu’elle soumet à des mutations physiques — soudage, recouvrement à la feuille d’or, érosion — pour en révéler l’obsolescence ou, au contraire, la persistance.
Sylvie Zavatta, directrice du Frac
Portrait d’un lac se déploie dans l’espace comme une voile suspendue ou une tente protectrice abritant en son sein une cartographie agrandie du Liban datant de 1938. Au cœur de cette toile étanche, l’artiste a ménagé une portion poreuse, en lieu et place du lac de Yammouné. Ici, l’archive s’affranchit de son hiératisme pour s’animer au rythme d’une activation quotidienne consistant à y verser de l’eau avec constance, soin et précaution.
Le liquide vient ainsi saturer la fibre et perler au sol pour dessiner une flaque dont les contours épousent ceux du lac réel. Loin de se limiter à la représentation de cette nappe d’eau, ce processus en convoque le cycle vital : celui d’une étendue qui s’emplit à la fonte des neiges pour s’évaporer sous la brûlure du soleil. C’est, en quelque sorte, un autoportrait que le lac réalise lui-même, utilisant sa propre matière pour affirmer sa présence tout en soulignant sa fragilité, voire sa possible disparition.
Au-delà de l’observation géographique, l’œuvre sonde les fractures tectoniques et politiques. Le lac de Yammouné se situe sur la faille du Levant, une immense déchirure née du glissement des plaques, qui traverse la Jordanie, la Palestine, Israël, la Syrie et la Turquie. La tension des cordes de chanvre qui maintiennent la toile évoque de façon saisissante les forces souterraines, responsables autant des secousses de la terre que des séismes géopolitiques historiques dont notre actualité est le prolongement douloureux. Portrait d’un lac est, au fond, un rituel de soin autant qu’un acte de mémoire.
La démarche de Stéphanie Saadé se fonde sur ce qu’elle nomme une « géométrie de la distance », un processus de traduction où les trajectoires personnelles se transmuent en formes plastiques. Née durant la guerre civile libanaise, l’artiste interroge la fragmentation comme un état constitutif de l’être. Elle saisit des objets familiers, des documents de voyage, des archives ou des souvenirs d’enfance, qu’elle soumet à des mutations physiques — soudage, recouvrement à la feuille d’or, érosion — pour en révéler l’obsolescence ou, au contraire, la persistance.
Sylvie Zavatta, directrice du Frac
