Dans cette exposition « millefeuille », Géraldine Pastor Lloret explore la pratique du dessin dans des œuvres qui interrogent le livre et l’espace. Les compositions qu’elle élabore donnent à voir des espaces graphiques suspendus, des troubles et des perturbations inspirés du Livre des volcans de William Hamilton et des voyages napolitains de l’artiste.
Tout commence par un livre que découvre Géraldine Pastor Lloret à la Bibliothèque d’étude et de conservation de Besançon, le Livre des volcans (Campi Phlegraei, ou observations sur les volcans des Deux Siciles.) Édité par le vulcanologue écossais William Hamilton en 1776, cet ouvrage est illustré par de nombreuses gravures rehaussées à la gouache de l’artiste anglais d’origine italienne, Pietro Fabris. Cette découverte est le point de départ du voyage que fera l’artiste, décidée à marcher dans les pas de Hamilton et de Fabris, en retournant sur les lieux qu’ils avaient observés à Naples et Pompéi. Il en naîtra un cahier de dessins et l’exposition présentée au Frac.
À ses débuts, Géraldine Pastor Lloret explore le domaine de l’installation avant de privilégier le dessin. Son exposition au Frac semble participer également d’un retour dans le temps en ce qu’elle se présente comme une synthèse de ses différentes pratiques artistiques.
Ici, dans une salle assombrie, cinq feuilles de zinc de deux mètres de haut flottent dans l’espace. Chacune sert de support sur ses deux faces à deux dessins superposés, le premier imprimé sur papier et le second réalisé sur calque. Par stratification, ce dernier semble se creuser, alors que par nos yeux, notre corps est aspiré dans un dédale d’images composites aussi anachroniques qu’étranges. C’est un sombre enchevêtrement de formes et de motifs dessinés au crayon graphite d’où émergent des intérieurs mystérieux évoquant les demeures du XIXe siècle, des chevelures et des papillons qui semblent vouloir fuir, des ciels tourmentés, des drapés rappelant les volutes de fumées volcaniques des gravures de Fabris, des vagues qui voudraient tout engloutir, des montagnes menaçantes, une silhouette humaine dont on ne devine qu’un incertain profil mais qui déjà se fait rocher, comme pétrifiée dans un univers explosé : la vision d’un violent et lugubre tremblement du monde dont l’œuvre raconte toute entière l’histoire, jusqu’au dernier dessin où se profile un soupçon de printemps.
Au cœur de la tourmente s’entremêlent des images hétéroclites collectées par l’artiste et les réminiscences d’autres œuvres : les gravures d’Édouard Riou, illustrateur des livres de Jules Verne, les estampes d’Hokusai, les peintures ou photographies de Sigmar Polke, ou encore les collages de Max Ernst et les performances de Paul Thek.
Abandonnant ici l’horizontalité du livre qu’elle a toujours privilégiée parce qu’elle la faisait tout autant autrice que lectrice, Géraldine Pastor Lloret redresse ses dessins dans une installation où le livre, que nous sommes conviés à consulter en arpentant l’espace, est désormais à échelle humaine. Un livre sans mots mais tout en narration cependant puisqu’il nous conte l’histoire d’un désastre et d’une renaissance intemporels faisant tout autant écho à l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C. qu’à l’état de notre monde aujourd’hui et à nos espoirs pour demain.
Sylvie Zavatta
Directrice du Frac Franche-Comté
et commissaire de l'exposition
À ses débuts, Géraldine Pastor Lloret explore le domaine de l’installation avant de privilégier le dessin. Son exposition au Frac semble participer également d’un retour dans le temps en ce qu’elle se présente comme une synthèse de ses différentes pratiques artistiques.
Ici, dans une salle assombrie, cinq feuilles de zinc de deux mètres de haut flottent dans l’espace. Chacune sert de support sur ses deux faces à deux dessins superposés, le premier imprimé sur papier et le second réalisé sur calque. Par stratification, ce dernier semble se creuser, alors que par nos yeux, notre corps est aspiré dans un dédale d’images composites aussi anachroniques qu’étranges. C’est un sombre enchevêtrement de formes et de motifs dessinés au crayon graphite d’où émergent des intérieurs mystérieux évoquant les demeures du XIXe siècle, des chevelures et des papillons qui semblent vouloir fuir, des ciels tourmentés, des drapés rappelant les volutes de fumées volcaniques des gravures de Fabris, des vagues qui voudraient tout engloutir, des montagnes menaçantes, une silhouette humaine dont on ne devine qu’un incertain profil mais qui déjà se fait rocher, comme pétrifiée dans un univers explosé : la vision d’un violent et lugubre tremblement du monde dont l’œuvre raconte toute entière l’histoire, jusqu’au dernier dessin où se profile un soupçon de printemps.
Au cœur de la tourmente s’entremêlent des images hétéroclites collectées par l’artiste et les réminiscences d’autres œuvres : les gravures d’Édouard Riou, illustrateur des livres de Jules Verne, les estampes d’Hokusai, les peintures ou photographies de Sigmar Polke, ou encore les collages de Max Ernst et les performances de Paul Thek.
Abandonnant ici l’horizontalité du livre qu’elle a toujours privilégiée parce qu’elle la faisait tout autant autrice que lectrice, Géraldine Pastor Lloret redresse ses dessins dans une installation où le livre, que nous sommes conviés à consulter en arpentant l’espace, est désormais à échelle humaine. Un livre sans mots mais tout en narration cependant puisqu’il nous conte l’histoire d’un désastre et d’une renaissance intemporels faisant tout autant écho à l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C. qu’à l’état de notre monde aujourd’hui et à nos espoirs pour demain.
Sylvie Zavatta
Directrice du Frac Franche-Comté
et commissaire de l'exposition
