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Syncopes and Ecstasy. Dizziness of time

Exhibitions
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This exhibition questions the state in which the body is when it loses consciousness and abandons itself while the mind escapes. A body let go that takes head on all its gravity, eyes closed or half-closed, mouth open, characterize the representations including The Ecstasy of Saint Teresa of Bernini, that of St. Francis of Caravaggio or The Fainting of Esther de Nicolas Poussin have inspired many artists. Syncope and ecstasy whose artists seek to translate the mysterious out of body experience. The striking image of this shocked, often emotional collapse should not overshadow the artists' willingness to share the felt effects and the feeling of absence experienced.
Cette exposition interroge l’état dans lequel le corps se trouve lorsqu’il perd conscience et s’abandonne tandis que l’esprit s’échappe. Corps lâché qui subit de plein fouet toute sa gravité, yeux clos ou mi-clos, bouche entr’ouverte, caractérisent en effet les représentations dont L’Extase de Sainte Thérèse du Bernin, celle de Saint François du Caravage ou encore L’Évanouissement d’Esther de Nicolas Poussin ont inspiré de nombreux artistes.
Syncope et extase dont les artistes cherchent à traduire le mystérieux hors de soi. Le chirurgien Ambroise Paré définissait déjà la syncope comme une soudaine et forte défaillance des facultés et des vertus, précisant que les anciens l’appelaient aussi « la petite mort ». L’image frappante de cet effondrement sous le coup d’un choc, le plus souvent émotionnel, ne doit pas éclipser la volonté des artistes de partager les effets ressentis et le sentiment d’absence éprouvé. Parce qu’il ne reste généralement aucun souvenir, aucune trace dans la mémoire, exceptés le vertige, la fulgurance, le silence assourdissant, le trou noir ou, à l’opposé, l’éblouissement.
Impressions paradoxales et contradictoires en apparence comme le mot syncope lui-même qui vient du grec sun « avec » et koptein « couper ».
La syncope et l’extase bouleversent et transportent simultanément, d’où la tension inhérente à ces états dans leur rapport à la mort, intimement induit par la chute, l’abandon du corps devenu inerte. Comme si la syncope-extase en était le premier sas, « l’image vivante », si l’on peut dire. On comprend encore aujourd’hui l’intérêt particulier des artistes contemporains qui ne cherchent pas seulement à représenter ce bouleversement indicible mais à le faire ressentir, pour en cerner l’ambivalence entre abandon et résistance.
L’exposition propose d’abord une plongée en syncope-extase où l’on perçoit ces impressions et sensations de trouble de la vue, des tensions contraires, des ruptures temporelles. Après une traversée des états extatiques où plaisir et mystique s’interpénètrent, l’exposition interroge la syncope, comme la révélation d’un corps révolté et d’un hiatus de l’histoire.
Selon Louis Marin, « la syncope est en même temps interruption et réintégration, déchirure et reprise » ; et si la syncope et l’extase servaient à comprendre et à penser l’art ? Soit la possibilité de traduire ce qui est de l’ordre de l’insaisissable, de l’irreprésentable, de l’inaudible et de l’indicible. Ce dont on ne se souvient pas ou que l’on ne perçoit qu’a posteriori ? Vertiges du temps.
Ange Leccia, Audrey, 2009, Collection Frac Franche-Comté © Adagp. Photo : D.R
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